
Présider la France est un métier dangereux. L’ancien chef de la République Jacques Chirac a échappé de peu à la mort lorsque pendant la fête nationale du 14 juillet 2002 Maxime Brunerie a tenté de l’abattre. Peut-être Nicolas Sarkozy ou d’autres présidents à venir tutoieront-ils la mort de cette même façon. Par le passé, les tentatives manquées d’assassinat sur la personnalité suprême de l’état perturbaient la vie politique française de manière plus répétée.
Le règne de Louis-Philippe 1er, par exemple, a été marqué par plusieurs tentatives d’assassinat assez retentissantes. La plus spectaculaire de ces tentatives est sans nul doute celle du corse Giuseppe Fieschi, dont la tête est représentée dans l’œuvre qui nous intéresse aujourd’hui.
Le 28 Juillet 1835, on fête l’anniversaire de la révolution de Juillet. Louis-Philippe passe en revue la garde nationale, accompagné par de nombreux puissants, ses fils et ministres. Fieschi avait mis au point une « machine infernale », qui consistait en la juxtaposition d’environ vingt quatre canons de fusils. Morey et Pépin, deux républicains complices, ont planifié son utilisation contre le roi pour le jour de l’anniversaire de la Révolution. En explosant à proximité du roi des Français, la machine infernale fait dix neuf morts et plusieurs dizaines de blessés… Mais Louis-Philippe s’en sort indemne. Dans son journal Choses vues, Victor Hugo nous explique le procès de Fieschi et nous rapporte les paroles de l’accusé, d’une incroyable lucidité. A la cour des pairs, la vieille de sa condamnation, Fieschi déclara : « Dans quelques jours, ma tête sera séparée de mon corps, je serai mort et je pourrirai sous la terre. J’ai commis un crime et je rends un service. Mon crime, je vais l’expier ; mon service, vous en recueillerez les fruits. Après moi, plus d’émeutes, plus d’assassinats, plus de troubles. J’aurai essayé de tuer le roi, j’aurai abouti à le sauver ». Effectivement, l’attentat permit à Louis-Philippe d’affermir le régime, de décrédibiliser les républicains et d’améliorer sa popularité en France et dans toute l’Europe.
L’attentat de Fieschi par Eugène Lami
Le portrait de Fieschi que nous étudions ici est réalisé par le peintre Raymond Brascassat, que l’on connaît surtout pour ses paysages et peintures d’animaux. Au dos du tableau, on peut lire cette inscription : « Portrait de Fieschi, fait à Bicêtre le lendemain de son exécution par R. Brascassat, en trois heures ». En bas à droite du tableau, le sang qui s’écoule de la gorge tranchée de Fieschi est « utilisé » pour inscrire la signature : « Fieschi, 20 février 1836 », jour qui succède effectivement celui de l’éxecution du comploteur corse. La tête de Fieschi est posée sur des draperies blanches et rouges, sur une table de bois. Elle est mise en scène et capturée par la peinture de Brascassat un peu comme une nature morte.
L’œuvre dans son cadre, musée du Carnavalet
Dans son Journal Choses Vues, Victor Hugo ne cache pas la forte impression que lui a fait Fieschi : « Cet homme me parut courageux et résolu ». L’écrivain rapporte des déclarations fortes de Fieschi lors de son procès, qui ont pu faire passer l’individu pour l’anarchiste qu’il n’était pas :
« Votre action est bien horrible, lui disait M. Pasquier ; mitrailler des inconnus, des gens qui ne vous on fait aucun mal, des passants ! ». Fieschi répliqua froidement : « C’est ce que font des soldats en embuscade ».
En savoir plus :
Giuseppe Fieschi sur Wikipedia
L’acte d’accusation de l’attentat
Compte-rendu du procès de Fieschi devant la Cour des Pairs
Choses vues, premier volume, par Victor Hugo
Références :
Œuvre : Tête de Giuseppe Fieschi après son exécution
Artiste : Raymond Brascassat
Année : 1836
Lieu de conservation : Musée Carnavalet, Paris