Clovis Trouille est un peintre oublié. Son œuvre a été quelque peu remise en valeur dernièrement, avec une exposition, en 2007, à Amiens, qui a eu la faveur de quelques médias.
Pour l’occasion, le petit fils du peintre a accordé une interview au Courrier Picard. L’héritier se souvient d’un grand-père profondément antimilitariste, anticolonialiste et anticlérical… Une étiquette « anti-tout » qui lui vaudra d’être souvent épinglé comme « anarchiste ». « C’était un littéraire qui écrivait avec des pinceaux » témoigne son petit fils ; « il pouvait sortir les plus grandes grivoiseries sur un ton aristocratique ». Ce dandy scabreux peignait des « tableaux défouloirs » où il s’en prenait virulemment à la religion, la tournant en dérision par l’érotisme et le macabre. Il transforme les nonnes en prêtresses de l’érotisme et les acteurs de la chrétienté en joyeux pervers.
Le tableau qui nous intéresse ici se nomme Remembrance. Il représente deux soldats morts, l’un français l’autre allemand. Ils tiennent dans leurs bras des croix de bois estampillées « 1914-1918 » et des lapins. A l’arrière plan, une muse contorsionnée dans les airs, arborant une jarretière aux couleurs tricolores, déverse une pluie de médailles sur un chef militaire, recevant la bénédiction d’un cardinal en porte-jarretelles. Profondément marqué par la grande guerre, à laquelle il a été contraint de participer, Trouille dénonce ici le sang des faibles répandu pour le prestige de quelques « élites ».
C’est ce tableau qui va marquer Dali, en 1930, lors d’un salon consacré aux artistes révolutionnaires. Dali présentera alors Trouille à Eluard, Aragon et Breton. Bien qu’ayant un peu participé aux activités du groupe surréaliste, Clovis Trouille a finalement conservé ses distances, définissant son art, non pas comme surréaliste, mais comme « super réaliste ».
Toute sa vie, Trouille restera un artiste méconnu. Une citation revient souvent dans les papiers lui étant consacrés, et résume bien l’œuvre du peintre : « Je n’ai jamais travaillé en vue d’obtenir un grand prix à une quelconque Biennale de Venise, mais bien plutôt pour mériter dix ans de prison ». Trouille ne voit son travail être porté à la lumière que deux fois. En 1963, ses toiles sont exposées, pour la première et dernière fois de son vivant. Cette exposition est interdite aux moins de 18 ans… et aux plus de 70 ! En 1969, un spectacle érotique triomphe à Broadway. Il s’agit de « Oh Calcutta Oh Calcutta », qui s’inspire du titre d’une œuvre de Clovis Trouille, qui est d’ailleurs agrandie et reproduite sur le rideau de la scène… Il y a peu de chance pour que les spectateurs américains aient saisi le calembour contenu dans le titre…
En savoir plus :
L’association Clovis Trouille et sa galerie de tableaux en ligne
Un blog dédié à l’artiste
Le livre d’or de l’exposition Trouille à Amiens, à savourer, comme tout livre d’or
Références :
Œuvre : Remembrance
Artiste : Clovis Trouille
Année : 1930
Lieu de conservation : Musée de Picardie, Amiens

Merci pour cet article bien charpenté qui promeut efficacement l’oeuvre et la pensée de Clovis Trouille. Pour autant permettez une précision: Le tableau Remembrance n’est pas conservé au Musée de Picardie à Amiens.
Nous vous souhaitons trouillesquement une bonne année 2009.
Associaton Clovis Trouille
Vous trouverez ci joint un lien avec le texte illustré de la conférence que j’ai donnée sur Clovis Trouille lors de l’été 2007.
Merci de contribuer à la gloir tardive de celui que je considère comme un maître.
Salut & fraternité
http://m_debray.perso.neuf.fr/TROUILLE%20RUSKIN/index.html
je viens d’aller voir l’expo de C.Trouille à L’Isle-Adam ….Découverte totale et beaucoup de plaisir…Pourquoi une si grande méconnaissance de cet artiste ????? Il est temps de le faire connaître davantage !!!!!!!!!!!!