Pendant la première moitié du 19ème siècle, aux Etats-Unis, c’est la course vers l’ouest. Les nouveaux pèlerins découvrent alors de vastes paysages sauvages, une nature encore vierge. Ces découvertes de grands lacs, montagnes et vastes étendues ont émerveillé les migrants et cet émerveillement est parvenu jusqu’à nous par l’art. En 1825 le poète américain William Cullen Bryant écrit : « The groves were God’s first temples », traduisez « les bosquets étaient les premiers temples de Dieu ».
L’émerveillement pour la nature était en effet religieux. Les migrants contemplaient des paysages qu’ils percevaient comme l’œuvre divine encore inviolée. Thomas Cole, le peintre paysagiste qui nous intéresse aujourd’hui, a fondé la Hudson River School, une école de peinture de paysages romantiques. Cole s’inscrit dans cette mouvance d’émerveillement pour la nature comme cadeau de Dieu. Il peint des paysages américains dont certains éléments et dont la luminosité s’apparentent au merveilleux. La nature dans l’œuvre de Cole a donc une connotation très religieuse. Le peintre a d’ailleurs écrit en 1835 un essai dans lequel il explique la spiritualité des paysages sauvages : « Par le passé, les prophètes se sont retirés dans la solitude de la nature afin de recevoir l’inspiration de Dieu ». L’artiste cite en exemple Saint Jean Baptiste dans le désert.
Saint Jean Baptiste dans le désert, c’est justement le tableau de Thomas Cole qui nous intéresse aujourd’hui. Jambes et bras écartés, Jean Baptiste se tient sur un roc, devant une croix, face à des disciples regroupés en contrebas. La scène s’inscrit en minuscule au milieu d’une nature immense, d’un paysage exotique et merveilleux certainement très éloigné de celui dans lequel pouvait errer le Saint…
Jean le Baptiste est un contemporain de Joshua de Nazareth (ou Jésus Christ, comme nous l’appelons communément). C’est lui qui a baptisé l’envoyé de Dieu sur les bords du Jourdain, lui qui l’a annoncé. Saint Jean Baptiste a vécu en ascète, dans le désert. Le « désert », on se le figure aujourd’hui comme une étendue aride de sable fin, éblouie par la lumière d’un soleil au zénith. En réalité, le « désert », dans son sens originel, désigne un lieu retiré, et ne sous-entend pas de particularité climatique ou géographique. « Se retirer dans le désert », c’est en somme se retirer de la société des hommes.
Le titre de l’œuvre qui nous intéresse ici est « Saint John in the Wilderness ». Le mot anglais « Wilderness » a un sens moins restrictif que notre « désert ». Le mot vient de « wild », qui veut dire « sauvage », « naturel ». « Wilderness » nous renvoie à un espace sauvage, inhabité, encore vierge des marques de la civilisation.
Avec ce tableau, Thomas Cole fait se rejoindre spirituellement la beauté de l’Amérique encore vierge que l’on découvre alors et l’acte du Saint Jean Baptiste, exilé dans le désert, loin des hommes. En vérité, le paysage tropical qu’il nous propose ici n’a rien de réaliste, et s’éloigne fort de ce que nous savons de la rudesse du désert du Jourdain, notamment au travers des écrits bibliques. Il s’agit ici d’un paysage fantasmé, créé de toute pièce pour l’exaltation.
En savoir plus :
Le nouveau testament à travers 100 chefs d’œuvre de la peinture de Régis Debray
American Wilderness de Michael Lewis
La page wikipedia de Thomas Cole
Références :
Œuvre : Saint John in the Wilderness
Artiste : Thomas Cole
Année : 1827
Lieu de conservation : Wadsworth Athaneum


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