Les sept pêchés capitaux – Otto Dix

Ce n’est pas flagrant à première vue, mais cette toile est une critique de l’Allemagne nazie. En connaissance de cause, vous avez peut-être remarqué cette petite moustache rappelant le führer portée par le personnage en jaune, masqué au centre de la toile.

Otto Dix est un artiste de la Nouvelle Objectivité, mouvement artistique allemand ayant succédé à l’expressionnisme. Ses tableaux font le portrait sans concession de l’Allemagne d’alors. L’un des thèmes privilégiés de Dix était celui des prostituées. D’un point de vue esthétique et thématique, nous sommes loin des canons de l’art héroïque nazi. L’art de Dix faisait partie des arts dits « dégénérés », listés par les nazis pour être brûlés ou exposés comme dégénérescents.

Les sept péchés capitaux est une toile symbolique de l’opposition entre Dix et le régime nazi. Nous sommes en 1933, Hitler accède cette année là à la Chancellerie du Reich. Dix est alors rapidement renvoyé de son poste de professeur à l’Académie des Arts de Dresde. L’artiste réalise alors cette allégorie, en référence à la situation politique allemande d’alors.

Le croquis préparatoire de l’œuvre

Au premier plan, nous observons une vieille femme qui se penche pour ramasser des pièces de monnaie sur le sol ; c’est l’avarice. Sur son dos, un nain (ou un jeune garçon ?) masqué d’un visage hystérique ; c’est l’envie. Les moustaches d’Hitler n’ont été rajoutées sur ce masque qu’après la fin de la guerre. La paresse est représentée par le troisième personnage, central, qui arbore un costume de squelette tout en portant une faux. En fléchissant les genoux et les bras, ce personnage symbolique de la mort fait référence à la swastika nazie. La paresse est mortelle ; Dix pointe ici du doigt la paresse de ses concitoyens, leur manque de lucidité quant à la montée du nazisme. La colère est représentée par une espèce de démon poilu, à gauche du groupe. L’orgueil est symbolisé par une grosse tête aux oreilles bouchées et à la bouche en forme d’anus. Cette grosse tête regarde vers le haut, ce qui lui donne un air hautain : c’est l’illustration parfaite de l’expression « gonflé d’orgueil ». La luxure danse derrière la paresse ; c’est femme échevelée, se touchant un sein tout en prenant une mine scabreuse (yeux clos, langue pendante). Enfin, dans le tout dernier plan, on peut voir la gloutonnerie, qui porte une espèce de marmite sur la tête.

En référence au national-socialisme, il a été aussi relevé que trois des personnages (colère, paresse et gloutonnerie) ont le bras tendu en l’air, comme pour mimer le salut nazi. A l’arrière plan gauche, un désert qui symbolise le futur chaotique de l’Allemagne.


Références :
Œuvre : Les sept pêchés capitaux
Artiste : Otto Dix
Année : 1933

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