Mr. and Mrs. Andrews – Thomas Gainsborough

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La peinture anglaise est des plus méconnues. Au 18ème siècle, l’art était français et de l’autre côté de la Manche, l’école anglaise a eu bien du mal à résonner par delà ses frontières. Thomas Gainsborough est l’un des maitres britanniques qui a porté cette petite éclosion. Gainsborough est fasciné par la nature ; le paysage est son genre de prédilection. Des biographes ont affirmé que si cela lui avait été possible, il aurait été peintre de paysage naturaliste. Seulement, pour gagner sa vie, il a dû s’investir dans la réalisation de portraits, « choisissant la spécialité que tout le monde payera et encouragera ». L’artiste devient rapidement le portraitiste à la mode de la petite noblesse et de la bourgeoisie anglaise et, pour allier passion et nécessité, réalise avec ses tableaux la fusion du paysage et du portrait. Le tableau qui nous intéresse ici est emblématique de cet amalgame. Il s’agit du portrait de Robert Andrews et de Frances Carter. Le tableau fut réalisé par Gainsborough peu de temps après leur mariage, en novembre 1748. Le couple est placé devant un très gros chêne, dans un décor très anglais qui est celui de leur propriété agricole. A cette époque de l’histoire anglaise, l’agriculture connaissait un très grand essor et était synonyme d’abondance et de richesse pour les exploitants. Des détails, sur ce tableau, nous montrent que la ferme possédée par les Andrews se veut moderne : le blé est planté en sillons étroits, selon les théories alors très récentes et controversées de l’agronome Jethro Tull. En arrière plan, on peut apercevoir des moutons d’une nouvelle espèce, à l’alimentation moins difficile et donc plus rentables. Robert Andrews se tient, détaché, la mine aussi élégante que pédante, appuyé contre le banc sur lequel est assise sa femme. Son fusil sous le bras et son chien de chasse à proximité, le bourgeois est comme pressé, semblant poser pour une photographie le temps d’une courte pause. Certains avancent que de l’espace a été réservé sur le banc pour peindre un éventuel enfant. Il existe deux interprétations fameuses à ce tableau. La première est celle de Gillian Rose et porte sur le genre et la place de chacun dans le couple bourgeois anglais de l’époque. Selon l’analyste, Robert Andrews domine le paysage, tandis que sa femme en fait parti, presque au même titre que le troupeau d’animaux derrière elle ; passivement. Il est le « landowner », le propriétaire, elle n’est que son épouse.

John Berger dans son ouvrage Ways of Seeing, insiste quant à lui sur le fait que le couple est représenté dans le décor de sa propriété, fruit du mariage : « ce sont des propriétaires terriens et leur sentiment de possession vis-à-vis de leur environnement se lit dans leur attitude et dans leur expression […] parmi les plaisirs que leur portrait leur procurait figurait celui de se voir représentés sous la forme de propriétaires et le plaisir était rehaussé du fait que le peintre excellait à rendre leur terre dans toute sa substantialité ».

Mr and Mrs Andrews, Thomas Gainsborough, 1750, National Galery, Londres, Angleterre.

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