Le Christ au tombeau – Holbein le Jeune

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Vous connaissez peut-être Holbein le Jeune sans le savoir : il est le père des Ambassadeurs  les plus célèbres de l’histoire de la peinture. L’artiste est l’une des plus grandes figures de la peinture allemande. Ingres a déclaré à son propos : « Les portraits peints par Holbein sont, comme physionomie et comme dessin, au dessus de tous les autres. Il n’y a que ceux de Raphaël qui les surpassent ».

Parmi les œuvres de l’artiste, celle ayant suscité les réactions les plus vives et les plus violentes est très certainement le Christ au tombeau. Il s’agit d’une huile sur panneau de trente centimètres de hauteur pour deux mètres de largeur représentant Jésus Christ dans un état de décomposition, enfermé dans un cercueil sur lequel est inscrit « Jésus de Nazareth, roi des Juifs ». Le réalisme est d’une rare violence : Jésus apparaît sous les traits d’un cadavre maigre, verdâtre, ses yeux sont révulsés et sa bouche est ouverte, comme si personne n’avait pris la peine de les lui fermer. Sa main droite, comme tendue vers le spectateur (le tableau, au musée de Bâle, est accroché à hauteur d’yeux) est squelettique, effroyable. On ne reconnaît le Christ dans ce corps en état de putréfaction qu’aux fameux stigmates et aux séquelles laissés par les supplices. Certaines informations, jusqu’ici non confirmées, prétendent qu’Holbein aurait peint ce corps en prenant modèle sur celui d’un noyé repêché dans le Rhin.

Le réalisme du tableau a beaucoup choqué, notamment l’écrivain russe Dostoievski, parait-il au bord de la crise d’épilepsie à sa découverte. Dans son roman L’idiot, Dostoievski fait dire à son personnage Mychkine « Mais, ce tableau, il serait capable de vous faire perdre la foi ». Le tableau a beaucoup déstabilisé parce qu’il représente le Christ uniquement par ses souffrances. Ce réalisme par l’horreur est pour beaucoup une négation de la Résurrection.

« C’est un corps nu, couché sur la pierre, raide, affaissé, la peau verte plutôt que pâle. Cette peinture est impie à force d’être vraie ; car c’est un cadavre qu’Holbein a peint, ce n’est pas le corps d’un Dieu enseveli. La mort est trop empreinte sur ce corps pour que la vie y puisse jamais rentrer ; et si c’est là le Christ, Holbein ne croyait pas à la Résurrection » écrit Saint-Marc Girardin en 1835 (Notices politiques et littéraires sur l’Allemagne).

Plusieurs siècles après sa naissance, l’œuvre suscite toujours de vives réactions de rejet. En 1948, André Suarès, écrivain français, rédige dans son ouvrage « Pages » le commentaire suivant : « Le Christ mort est une œuvre terrible. C’est le cadavre en sa froide horreur, et rien de plus. Il est seul. Ni amis, ni parents, ni disciples. Il est seul abandonné au peuple immonde qui déjà grouille en lui, qui l’assiège et le goûte, invisible. […] Certes Holbein tient pour Luther plus que pour Rome. Mais en secret il est contre toute église. […] Holbein me donne à croire qu’il est un athée accompli. Ils sont très rares. Le Christ de Bâle me le prouve : il n’y a là ni amour, ni un reste de respect. Cette œuvre robuste et nue respire une dérision calme : voilà ce que c’est que votre Dieu, quelques heures après sa mort, dans le caveau ! Voilà celui qui ressuscite les morts ! »

Le Christ au tombeau, Holbein le Jeune, 1521, Kunstmuseum, Öffentliche Kunstammlung, Bâle.

6 réflexions sur “Le Christ au tombeau – Holbein le Jeune

  1. C’est d’un pessimisme atroce et cette négation de la résurection est une pure hérésie. Mais c’est aussi une bonne façon de nous faire méditer sur le fait que les hommes ont tué le Sauveur. Il faut en passer par la mort du Christ pour commencer à comprendre.

  2. ce tableau d’hans holbein est d’une rare violence car on peut remarquer que il depeint le christ ici comme un vulgaire il fait une peinture tellement contre le chritianisme qu’on pourait croire que ce n’est pas un chretiien hors c’est un pure et dure chretien. Celon moi ce tableau est une sorte de message passée a la communauté chretienne pour nous dire que malgré

  3. « Sur la route de Genève, nous nous arrêtâmes un jour à Bâle pour visiter le musée où se trouve un tableau dont on avait parlé à mon mari. C’est une toile de Holbein, où l’on voit le Christ, qui vient de supporter un martyre inhumain, déjà détaché de la croix et abandonné à la décomposition. Le spectacle de ce visage tuméfié, couvert de blessures sanguinolentes est effrayant ; aussi, trop faible pour regarder plus longtemps, dans la situation ou je me trouvais alors, je m’en allais dans une autre salle. Mais mon mari semblait anéanti. On peut trouver dans l’Idiot un reflet de l’impression très forte que ce tableau fit sur lui. Quand je revins au bout de vingt minutes, il était encore là, à la même place, enchainé. Son visage ému portait cette expression de frayeur que j’avais déjà remarquée très souvent au début des crises d’épilepsie. Je le pris doucement par le bras, l’emmenai de la salle et le fis asseoir sur un banc, attendant d’une minute à l’autre la crise, qui, par bonheur, n’eut pas lieu. Il se calma peu à peu, mais en sortant du musée, il insista pour revoir une fois encore le tableau. »

    Anna Grigorievna DOSTOIEWSKAIA (trad du russe par andré Beucler) 1931

  4. « La preuve la plus grande de la fiabilité de l’amour du Christ se trouve dans sa mort pour l’homme. Si donner sa vie pour ses amis est la plus grande preuve d’amour (cf. Jn 15, 13), Jésus a offert la sienne pour tous, même pour ceux qui étaient des ennemis, pour transformer leur coeur. Voilà pourquoi, selon les évangélistes, le regard de foi culmine à l’heure de la Croix, heure en laquelle resplendissent la grandeur et l’ampleur de l’amour divin. Saint Jean place ici son témoignage solennel quand, avec la Mère de Jésus, il contempla celui qu’ils ont transpercé (cf. Jn 19, 37). « Celui qui a vu rend témoignage — son témoignage est véritable, et celui-là sait qu’il dit vrai — pour que vous aussi vous croyiez » (Jn 19, 35).

    F. M. Dostoïevski, dans son oeuvre L’idiot, fait dire au protagoniste, le prince Mychkine, à la vue du tableau du Christ mort au sépulcre, oeuvre de Hans Holbein le Jeune : « En regardant ce tableau un croyant peut perdre la foi ». La peinture représente en effet, de façon très crue, les effets destructeurs de la mort sur le corps du Christ.

    Toutefois, c’est justement dans la contemplation de la mort de Jésus que la foi se renforce et reçoit une lumière éclatante, quand elle se révèle comme foi dans son amour inébranlable pour nous, amour qui est capable d’entrer dans la mort pour nous sauver. Il est possible de croire dans cet amour, qui ne s’est pas soustrait à la mort pour manifester combien il m’aime ; sa totalité l’emporte sur tout soupçon et nous permet de nous confier pleinement au Christ. »

    Pape François, Lumen Fidei n°16

  5. Merci Rémi, c’est exactement comme ceci que j’interprète cette oeuvre: « c’est justement dans la contemplation de la mort de Jésus que la foi se renforce ». Comment croire en la résurrection s’il n’y pas d’abord la mort? La mort de Jésus est la condition sine qua non de sa résurrection! Il faut la regarder en face pour comprendre le Sacrifice Ultime, mais aussi le miracle de la résurrection. Certes, cette oeuvre choque et fait peur, il est bien plus récomfortant d’admirer les oeuvres représentant Jésus triomphant. En ce faisant, par contre, on passe à côté de l’essentiel. J’ai admiré la sculpture de marbre inspirée de la peinture de Holbein le Jeune à la Chapelle des invalides et j’en suis revenue très touchée. Si pour certains, cette oeuvre pourrait faire perdre la foi, pour d’autres elle la ravive.

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