Le pauvre poète – Carl Spitzweg

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Voici une œuvre que l’on connaît bien peu en France mais qui est, par-delà le Rhin, presque aussi renommée que la Joconde. Le pauvre poète (Der arme Poet) de Carl Spitzweg est une œuvre très importante dans l’histoire de l’art allemand.

Au début du 19ème siècle, l’Europe est marquée par le romantisme allemand. Les peintures de l’époque mettent l’homme au centre des compositions, en harmonie avec lui-même et avec la nature ou réfugié dans un monde de sentiments intérieurs. Ce mouvement de liberté individuelle connaît un coup d’arrêt avec le congrès de Karlsbad de 1819. Lors de ce congrès, les représentants des états allemands décident de mesures répressives (censure, contrôles) afin d’endiguer les risques de révolution. Commence alors le Biedermeier. La critique se fait plus insidieuse, moins frontale. L’œuvre de Carl Spitzweg est symbolique de cette contestation fine et détournée.

Derrière des œuvres de genre apparemment anodines, Spitzweg délivre un discours souvent très satirique sur ses contemporains. Avec Der arme Poet, Spitzweg détourne la figure jusqu’alors très idéalisée par les romantiques du pauvre poète, de l’intellectuel reclus.

Ce tableau nous dévoile l’intérieur d’une petite mansarde. Une petite cage de quelques mètres carrés dans laquelle habite un excentrique, un farfelu. Le « poète » en question se tient allongé sur un pauvre matelas. Il tient dans sa bouche une plume et regarde sa main. On a d’abord cru que l’homme tenait ainsi sa main pour déclamer des vers. Il s’écrit davantage aujourd’hui que l’ermite est en fait en train d’écraser une puce entre ses doigts. Le parapluie suspendu au plafond et l’emmitouflement du personnage nous indiquent que la pièce n’est pas chauffée et mal isolée. Certains éléments accentuent le ridicule du personnage : un pince-nez, un bonnet de nuit et des pages de poésie placées dans le poêle pour être brûlées.

Daumier, Poète dans la mansarde, 1842

Dans son ouvrage Daumier et l’Allemagne, Werner Hofmann compare la France et l’Allemagne à travers les œuvres de Daumier et Spitzweg sur le thème du pauvre poète, qui était alors très souvent repris dans l’Art ouest-européen. L’analyste explique que les deux œuvres sont conformes au cliché énoncé par Stendhal qui veut que « la vie des allemands est contemplative et imaginaire, celle des français est toute de vanité et d’activités ». En comparant Der arme Poet de Spitzweg et Poète dans la mansarde de Daumier, Hofmann explique que « le poète allemand, à l’aise dans son monde pittoresque, ne se concentre que sur la puce qu’il tient entre ses doigts. Le Français, un mélancolique furieux, contemple avec méfiance le plafond ; le texte qu’il rédige est à coup sûr un pamphlet, un libelle enflammé ».

Le pauvre poète de Spitzweg prend à contre-pied le stéréotype romantique de l’homme conscient de sa petitesse, face à une nature toute puissante. Le personnage de Spitzweg est un peu l’anti-héros, le contre-modèle du voyageur de Friedrich. A la place de ce rêveur grandiose au cœur d’une nature infinie, Spitzweg met en scène un individu grotesque, concentré sur le minuscule, et dont la seule perspective paysagère est le toit enneigé de la maison d’en face, qu’il ne peut apercevoir qu’au travers sa toute petite fenêtre.

Der arme Poet, Carl Spitzweg, 1839, Neue Pinakothek.

2 réflexions sur “Le pauvre poète – Carl Spitzweg

  1. « De nouvelles analyses expliquent que l’ermite est en fait en train d’écraser entre ses doigts une puce. »

    Oui, et la puce, c’est vous !

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