Le bœuf écorché – Rembrandt

Rembrandt-le boeuf écorché

Tantôt admiré, tantôt conspué, Le bœuf écorché de Rembrandt connaît un accueil différent selon les époques. Selon Pierre Cabanne, « si, au XVIIème siècle, le thème semble édifiant à ses contemporains, on trouvera Le bœuf écorché « pittoresque » au début du XVIIIème et enfin, brutal et vulgaire à la fin de ce même siècle ».

Quelle signification peut bien prendre cette carcasse de bœuf crucifiée dans ce qui semble être une sombre arrière-boutique ? On retrouve le thème du bœuf écorché dans la peinture flamande et hollandaise des années 1640 et, postérieurement à l’œuvre de Rembrandt, dans toute l’histoire de l’art, et notamment l’art contemporain (cf. Marc Chagall, Le bœuf écorché, 1947). Le thème renvoie à une forme de vanité. Il rappelle au spectateur qui le contemple sa mortalité.

Dans la peinture hollandaise et flamande de ce genre, l’homme s’efface souvent au profit de la bête ; l’animal est surexposé, l’homme caché. On trouve une bonne illustration de ce principe dans le bœuf écorché de Rembrandt. Au premier coup d’œil, vous n’avez peut-être pas remarqué, en arrière-plan, le visage d’une jeune femme, derrière le battant d’une porte. Elle lance un regard en direction du spectateur, regard peut être destiné au bœuf, ou peut être lancé à un éventuel visiteur qui vient de pénétrer dans l’arrière-boutique, auquel nous emprunterions l’angle de vue.

Jusqu’à cette œuvre de Rembrandt, les peintres ont traité le thème de façon ultra réaliste, en disséquant au pinceau l’animal, en dressant un portrait chirurgical de ses entrailles. Avec son bœuf écorché, Rembrandt se distingue de cet héritage. L’animal est très fortement éclairé et se détache ainsi du reste de la pièce, plongé dans la pénombre. Ce clair obscur permet de mettre en valeur des entrailles qui n’impressionnent pas par leur précision anatomique mais par la sensation de déliquescence qui en émane. Procédant par petites touches de couleur visibles, Rembrandt nous démontre non seulement ses talents de coloriste, mais aussi son génie précurseur.

Le boeuf écorché, Rembrandt, 1655, Musée du Louvre.

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