La Bataille de Bouvines – Horace Vernet

Bataille_de_Bouvines_gagnee_par_Philippe_Auguste

Dimanche 27 juillet 1214. A Bouvines, près de Lille, le roi capétien Philippe II Auguste fait face à une coalition de forces venues des quatre coins de l’Europe : l’empereur allemand Otton IV, le comte de Hollande Guillaume Ier, le duc Henri de Brabant, le comte Renaud de Boulogne, Ferrand de Portugal, le duc Thiébaud de Lorraine… La coalition a été initiée par Jean sans Terre, roi d’Angleterre, mis en déroute au sud, quelques semaines plus tôt, par le dauphin Louis. Inférieure en nombre, l’armée de Philippe Auguste sort pourtant victorieuse de la bataille.

Les conséquences de cette bataille sont importantes : la monarchie capétienne assoit son pouvoir en France et s’impose comme une force de première importance en Europe. Au fil du temps, l’histoire est devenue légende et a servi de multiples réinterprétations et imaginaires propagandistes. Chez les patriotes français, depuis le 19e siècle, Bouvines symbolise l’union nationale : la bataille a été remportée par une armée composée de miliciens communaux et de chevaliers, elle incarne l’union du peuple et de ses chefs. L’événement est présenté a posteriori, et de façon pour le moins téléologique voire anachronique, comme l’acte de naissance de la nation française. Pour les monarchistes chrétiens, Bouvines célèbre le roi comme l’incarnation véritable de son pays. L’issu de la bataille est tel un jugement de dieu, qui condamne les armées impies et sauvegarde la France, fille ainée de l’Eglise.

La dimension légendaire et « réinterprétative » de l’événement se retrouve bien dans le tableau d’Horace Vernet, « La Bataille de Bouvines ». Dans ce travail de commande, le peintre met en scène « le moment du serment », qui précède la bataille. Cet épisode de la légende de Bouvines a été écrit et popularisé par Mézeray, l’historiographe du roi Louis XIV. Dans son ouvrage « Histoire de la France depuis Faramond », on trouve la description suivante :

Philippe Auguste « fit mettre sur un autel portatif relevé à la vue de son armée, son sceptre et sa couronne d’or, et haussant la voix et la main droite il s’écria : « Seigneurs français, et vous tous valeureux soldats, qui êtes prêts d’exposer votre vie pour la défense de cette couronne, si vous jugez qu’il y a quelqu’un parmi vous qui soit plus digne que moi, je la lui cède et la résigne volontiers, pourvu que vous vous disposiez à la conserver entière, et à ne pas la laisser démembrer par ces excommuniés ». Toute l’armée vivement touchée de ces généreuses paroles poussa ces acclamations : « Vive et règne éternellement Philippe, vive le Roi Auguste, et que la Couronne lui demeure à jamais : nous luis conserverons contre tous aux dépens de nos vies ». Cela dit, ils se mirent tous à genoux, et lui demandèrent sa bénédiction pour aller à la charge ».

Le tableau de Vernet met en scène le roi Philippe Auguste, qui n’a pas encore revêtu son armure,  présentant à ses barons et chevaliers sa couronne. Ceux-ci inclinent leurs bannières et leurs épées, en signe de soumission. En arrière-plan, on aperçoit les armées prêtes à combattre. Romantique, grandiloquent, le tableau nous en dit plus sur la France politique du 19e siècle que sur le 13e siècle capétien. Horace Vernet a peint ce tableau en 1827, sous la restauration monarchique et le règne de Charles X. Le tableau est souvent décrit comme une allégorie représentant le roi Charles X fédérant son peuple autour de la charte de 1814. Certains ont fait remarquer l’ironie de Vernet, qui a choisi de peindre l’autel, symbole du pouvoir, aux couleurs de la république : la couronne repose en effet sur un coussin bleu, posé sur un linge blanc, lui-même soutenu par une nappe rouge. Trois ans plus tard, Charles X sera renversé par la révolution des Trois Glorieuses qui portera au pouvoir  Louis-Philippe 1er, roi des « français ». C’est sous la monarchie de Juillet que le tableau de Vernet est placé au château de Versailles, reconverti en musée historique de la France. Il fait depuis lors partie des trente-trois toiles exposées dans la galerie des batailles.

Horace Vernet, La Bataille de Bouvines, 27 juillet 1214, 1827, Galerie des batailles, château de Versailles.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s