Saint Jean-Baptiste dans le désert – Georges de La Tour

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Georges de La Tour est aujourd’hui perçu comme le plus grand caravagesque français, figure incontournable de la Lorraine du 17ème siècle. Et pourtant, début 20ème siècle, ce peintre est totalement oublié, jusqu’à ce qu’Hermann Voss, dans la revue allemande Archiv für Kunstgeschichte, lui dédit un article : « Nous rencontrons en lui un artiste qui maintient, de façon quelque peu provinciale et personnelle, la tradition du clair-obscur propre aux peintres caravagesques, et surtout à Gérard Honthorst et à son école. Le traitement rigide de la ligne et le dessin dur des membres de ses personnages est compensé par d’admirables couleurs, quoique également âpres et personnelles, où dominent le cinabre et le violet ». L’exhumation trouve un écho, et tout au long du 20ème siècle, les peintures de La Tour vont être réintégrées au sein du patrimoine muséal français. Saint Jean-Baptiste dans le désert compte parmi les dernières étapes de cette reconstitution. En 1992, suite au décès d’un riche parisien, un commissaire-priseur intègre la toile dans son inventaire et l’évalue à 1 500 francs. Rien ne laisse penser qu’il s’agit là du chef d’œuvre d’un grand maitre. En octobre 1993, le tableau est mis aux enchères à Drouot, où la rumeur enfle rapidement : il s’agirait d’un La Tour. Saint Jean-Baptiste dans le désert trouve finalement la conclusion de sa course marchande dans une vente Sotheby’s à Monaco, où il est préempté par l’état pour le département de la Moselle. L’œuvre retourne alors sur la terre natale du peintre, à Vic-sur-Seille, et fait aujourd’hui figure de pièce maitresse du Musée Georges de La Tour de cette petite commune de 1300 habitants.

Jean-Baptiste est ici représenté sous les traits d’un maigre adolescent très androgyne. Cheveux longs, tête basse, il donne à manger à son agneau, appuyé sur sa croix de bois. La composition est particulièrement sobre : pas d’étoffe rougeoyante, ni de chandelle. La seule source de lumière est extérieure au tableau : c’est un faisceau très puissant qui vient s’abattre sur l’épaule du jeune nazir. La féminité du personnage se lit sur son visage : l’arrondi des yeux, de la bouche et du menton se conjugue avec la douceur d’une chevelure longue et soyeuse. Saint Jean-Baptiste dans le désert est l’une des dernières peintures de La Tour : on situe sa composition dans les années 1650-1652. La sobriété est maximale dans cette œuvre où Jean-Baptiste s’amalgame à son environnement, par des tonalités de terre et de chair confondues.

Saint Jean-Baptiste dans le désert, Georges de La Tour, 1650-1652, Musée départemental Georges de la Tour de Vic-sur-Seille.

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