Le verrou – Jean-Honoré Fragonard

verrou fragonard

Une pièce en grand désordre, un lit défait, une chaise renversée : la scène est théâtrale, elle instaure la dynamique et le mouvement d’une lutte, qui s’impose autant, côté droit du tableau, par l’étreinte forcée que côté gauche, par la grande complexité des étoffes. Le tableau se scinde par une diagonale lumineuse qui met en scène le couple comme sous un projecteur. Les teintes sont chaudes et sombres. On remarque que l’homme a retiré ses bas, oté sa culotte et ses souliers : il est en chemise et en caleçon. La femme, décoiffée, a perdu ses rubans. Passion amoureuse ou viol en train d’être commis ? La question a fait couler beaucoup d’encre. Pour les uns, l’homme domine, en empêchant la femme d’atteindre le verrou de la porte, symbole sexuel par excellence. La malheureuse se débat et repousse l’assaillant du bras. Pour d’autres, cette résistance n’est que feinte, nonchalante, sans conviction ; les gestes sont de tendresse plutôt que de refus.

Violence sexuelle ou passion d’amants ? En tout cas, le cadre est tout entier imbibé d’une scénographie et d’une symbolique sexuelles. En bas à gauche, on remarque une chaise renversée, un vase et son bouquet de fleurs tombés par terre. Le bouquet, symbole de virginité, rituellement lancé au moment du mariage, est ici dégradé. Fragonard a réalisé un travail remarquable sur les pliures des draps comme des vêtements. On remarque que les pliures de la robe de la femme se prolongent dans celles de la chemise de l’homme. Examinant les formes du lit, certains ont vu dans les rideaux de velours cramoisi un phallus turgescent et dans les oreillers aux bouts pointus plus à droite, une généreuse poitrine. Cette interprétation anthropomorphique fait du lit un animal sexuel, l’acteur principal de la scène. On peut croire à la surinterprétation. Mais la pomme, trônant au bout du faisceau lumineux, en bas à gauche du tableau, ne laisse elle aucune place à l’incertitude : il s’agit bien là de l’incarnation suprême du péché originel.

Le verrou, Jean-Honoré Fragonard, 1777, Le Louvre, Paris.

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