Le triomphe de la mort – Pieter Brueghel l’Ancien

Pieter Brueghel l'Ancien Le triomphe de la mort« Il n’y a pas à chercher bien loin où Breughel a puisé l’idée de la charrette pleine de squelettes qui figure dans son Triomphe de la mort du Prado. Durant une vie d’homme de la ville, il était normal d’avoir vécu au moins une peste et assisté au stupéfiant va-et-vient des tombereaux entre les maisons et les fosses communes. Relisons encore à ce propos D. Defoe : « Tout le spectacle était plein de terreur : la charrette portait seize ou dix-sept cadavres enveloppés de draps ou de couvertures, quelques-uns si mal recouvert qu’ils tombèrent nus parmi les autres. Il leur importait peu, à eux, et l’indécence n’importait guère à personne, ils étaient tous morts et devaient être confondus ensemble dans la fosse commune de l’humanité. On pouvait bien l’appeler ainsi, car on n’y faisait pas de différence entre riches et pauvres. Il n’y avait pas d’autre manière d’enterrer et on n’aurait pas trouvé de cercueils en raison du nombre prodigieux de ceux qui périssaient dans une calamité comme celle-là » ». (Jean Delumeau, La peur en Occident, XIVe-XVIIIe siècles).

Dans Le triomphe de la mort, Brueghel l’Ancien nous dépeint par une bataille morbide l’absurdité de la condition humaine. Une armée de squelettes déferle sur l’humanité, toutes classes sociales confondues. Aux vêtements, on remarque des paysans, des mendiants, des soldats, des bourgeois et des nobles. En bas à gauche du tableau, un roi encore tout vêtu des symboles de sa puissance semble moqué par un squelette exhibant un sablier : son temps est venu. Cadavérique, il étend son bras vers un squelette en armure qui s’apprête à lui dérober son or. Un peu plus à droite, c’est le pouvoir ecclésiastique qui est moqué par la mort : un cardinal est soutenu par un autre squelette dont le crâne est orné du fameux chapeau cardinalice rouge. A l’avant plan, à droite, l’armée de la mort semble commandée par un squelette à la faux qui mène la charge monté sur un cheval décharné. Terrorisée, la foule s’engouffre dans un grand tunnel cubique dont l’ouverture est marquée d’une grande croix. A n’en point douter, tous s’avancent tambour battant vers leur propre mort.

Au loin, le paysage se fait peut être plus effrayant encore. Des corps pendent des potences, un squelette s’apprête à décapiter un homme agenouillé, des navires brûlent. Une foule de détails peuvent être examinés pendant des heures : le tableau infernal de Brueghel rappelle à ce titre l’œuvre de Bosch.

Dans l’iconographie chrétienne, on se figure souvent la mort dans des représentations du Jugement dernier. Aux hospices de Beaune, par exemple, on peut admirer un polyptique où, l’Apocalypse survenue, l’humanité se scinde en deux : à droite du Seigneur, les justes, et à sa gauche, ceux qui s’acheminent inéluctablement vers l’enfer.

On ne retrouve rien de cet univers ici. Chez Brueghel l’Ancien, la mort est omnipotente, il n’y a aucun espoir de paradis. Le triomphe de la mort nous impose l’universalité de la condition mortelle, la défaite inéluctable, pitoyable, grotesque même, de la vie. La destinée humaine est inéluctable, le triomphe de la mort, implacable.

Pieter Brueghel l’Ancien, Le triomphe de la mort, 1562, Musée du Prado, Madrid.

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