L’intérieur ou Le viol – Edgar Degas

l'intérieur ou Le viol - Edgar Degas

 Edgar Degas est un peintre connu pour ses tableaux de danseuses, de courses équestres et de nus. Il a aussi réalisé des portraits et des scènes de genre, dont la plus fameuse est très certainement l’Absinthe.

Le peintre était l’ami d’Edmond Duranty, un critique d’art qui l’a beaucoup influencé dans le sens d’une peinture réaliste, « qui saisit au vol la physionomie moderne ». Dans la peinture de Degas, on devine l’intériorité des personnages représentés aux objets et personnages placés autour d’eux, à l’environnement. L’intérieur est très certainement le tableau le plus intriguant, le plus hors-norme d’Edgar Degas. Il illustre bien l’art et la technique de Degas, que Duranty appelait « l’inventeur du clair obscur social ».

Nous découvrons avec ce tableau l’intérieur d’une chambre modeste de jeune fille. Deux personnages s’y opposent : du coté clair la femme et du coté obscur l’homme.La femme est assise, prostrée, l’épaule découverte. L’homme, d’une condition sociale visiblement supérieure, est debout, victorieux, dominant, les jambes écartées et les mains dans les poches. L’individu semble avoir pris possession des lieux ; il a étalé partout ses effets personnels : son haut de forme sur la commode, son manteau sur le lit.

Entre les deux personnages, le symbole d’une virginité souillée : la lumière forte d’une lampe éclairant une cassette au capitonnage rose saumon d’où débordent des tissus blancs. Le titre original de ce tableau est « L’intérieur » mais, rapidement, il a été appelé par le public « Le viol », chose que Degas n’a jamais acceptée.

Pour Degas, le tableau est tout d’abord une grande réalisation sur la lumière, qui lui a permis de « travailler beaucoup les effets du soir, lampe, bougie, etc. ». Ce travail sur la lumière est particulièrement éloquent : les épaules des deux personnages symbolisent à eux seuls le clair obscur ; le noir total de l’épaule de l’homme contraste fortement avec celle de la femme, brûlée par l’éclairage. Selon Bernd Growe, « cette scène ne fixe pas seulement l’humiliation de la femme ; le contraste latent entre être à la merci de quelqu’un et agression montre, dans la tension entre les sexes, que tous deux sont incapables de trouver une issue ».

L’intérieur, Edgar Degas, 1868, Philadelphia Museum of Art.

3 réflexions sur “L’intérieur ou Le viol – Edgar Degas

  1. Tableau mystérieux, inquiétant: tout est suggéré, rien n’est dit. « Scène de genre » dit Degas…Mais quel genre? Celui, universel, du gd combat entre l’homme et la femme? plus étroitement social entre l’ouvrière et le bourgeois? La lumière ici éclatante ménage là des zônes d’ombre…On dirait du théâtre. Que se passe-t-il? Que s’est-il passé? Ou plutôt que va-t-il se passer? Silence. Immobilité. Quelque chose va arriver. Ce quelque chose pour quoi cet homme bien mis a fait intrusion dans la modeste chambre de cette jeune fille, et se tient en maître, adossé à la porte, interdisant toute sortie. Qui est-il? Son patron, et la petite serait la bonne? A juger par la simplicité un peu niaise du décor, on peut le croire. Il ne s’est encore rien passé: le lit virginal est intact; Y a-t-il eu accord préalable entre eux? ou bien Il l’a surprise, elle était en train de se déshabiller: le corset est à terre. Peut-être était’-elle en train de coudre hâtivement quelque chose…. La boîte à ouvrage rose est encore ouverte… L’homme est entré, il a jeté son haut de forme sur la commode, puis balancé son manteau sur le lit, et les mains ds les poches, attend, le regard sur la petite proie, là-bas, déjà soumise, qui achève craintivement ses péparatifs. Bien planté sur ses fortes jambes, il semble dire qu’il a le temps: c’est lui qui a le pouvoir.
    « Intérieur », oui, ce titre laconique convient à ce petit drame bourgeois, si banal au XIXème siècle, en tout cas. « Viol », qui n’est pas voulu par Degas, en dit trop et pas assez;

  2. L’homme victorieux, dominant, powerful, je me demande vraiment si c’est le cas. Son regard semble plongé dans le vague plus que sur sa proie, et son expression est plus celle d’un être fracturé, en combat avec lui-même, combat entre ses pulsions et sa morale. (le combat perpétuel de la condition masculine) Que vient-il de faire, ou que va-t-il faire, pauvre de lui ? Dédoublement accentué par l’ombre de son corps sur la porte, symbolisant sans doute son âme sombre, et dont il serait le jouet…

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